Dans la vie tout est une histoire de fil-osophie !

En me promenant dans les méandres de mon disque dur… je suis retombé sur une scène d’improvisation sur laquelle j’avais travaillé au lycée. A l’époque j’écrivais tout plein de trucs, j’aimais bien imaginer des scènes de ménages ou bien me mettre dans la tête des gens et deviner leurs pensées.
Voici une scène d’improvisation qui n’avait pas de titre, 5 ans après je pense pouvoir lui en donner un : “Dans la vie tout est une histoire de fil-osophie”. Bonne lecture !
- Tiens, mets ton doigt ici.
- Là ?…
- Oui, là.
- Tu n’en fais pas un peu trop ?
- Non, je ne pense pas.
- Moi je crois que c’est exagéré.
- Pourquoi ?
- Ca va faire un quart d’heure que tu es sur ce paquet.
- Le paquet est aussi important que le cadeau. Plus même. Au Japon, emballer un présent est un art. C’est un signe de respect envers l’objet, donc envers la personne à qui tu l’offres…
- Super…
-… et tous les emballages, tsutsumi en japonais,…
-… Je ne parle pas japonais…
- …ont une signification. Par exemple, si tu offres un cadeau pour des fiançailles ou un mariage, tu l’emballeras avec un nœud indénouable, car c’est un événement “qui ne doit se produire qu’une seule fois dans la vie”.
- Je déteste quand tu parles avec des guillemets.
- Je ne parle pas avec des guillemets, je parle avec toi.
- Ne joue pas avec les mots.
- Je ne joue pas avec les mots, je joue avec tes nerfs.
- Arrête ! T’as joué et t’as perdu alors arrête maintenant !
- D’accord.
- En fait si tu t’échines avec ces ficelles en papier…
- Mizuhiki en japonais…
-… c’est parce que tu veux étaler ta science devant tout le monde.
- Non. Je veux ” ouvrir les autres aux traditions séculaires de l’orient mystérieux “.
- Arrête avec ces foutues guillemets ! On dirait un guide touristique !
- J’essaye juste de faire un joli paquet, c’est tout.
- Tu n’es pas japonais, je ne suis pas japonaise, et la personne qui va recevoir ce cadeau n’est pas japonaise. Alors pourquoi ?
- Je te l’ai dit, au Japon…
- Mais fous moi la paix avec le Japon ! Ne me fais pas un cours de sinologie !
- La sinologie c’est sûr la Chine.
- Et la cynophilie ?
- Ca dépend comment tu l’écris.
- Avec un stylo la plupart du temps. Mais j’écris rarement des mots comme ça.
- C’est aimer les chiens, si tu l’écris CY.
- C’est pas la zoophilie ?
- On peut aimer les chien sans en arriver à ce point là. En tout cas ça n’a rien à voir avec la cinéphilie.
- Ni avec la syphilis, ça j’avais compris, merci. Bon, tu le finis ce paquet ?
- Des fois je me demande ce qui nous lie tous les deux…
- Je te remercie, ça fait toujours plaisir à entendre. Pour le moment ce qui nous lie c’est que nous sommes invité quelque part et que nous sommes en retard parce qu’il te faut deux plombes pour emballer ce truc.
- C’est le sexe tu crois ?
- Sans vouloir te vexer mon chéri, ça m’étonnerait que ton sexe t’empêche de fermer ce paquet.
- Non, je voulais dire c’est le sexe qui nous unit ?
- Peut être. Enfin ça doit jouer un rôle important, mais ce n’est pas tout.
- Alors c’est le lit qui nous lie ?
- Très fin. Tu vas finir par y aller à pied à cette sauterie.
- A pieds joints même, si c’est pour sauter. Sérieusement, dis moi ce qui fait qu’on est toujours ensemble après tant d’années ?
- Mais je ne sais pas moi bon dieu ! Parce qu’on est un couple ! Et qu’un couple c’est deux personnes ! Sinon c’est plus un couple, c’est… un monôme, un découple, un morceau de pizza froide au fond du frigo et une seule épilation par mois ! Voilà pourquoi on est ensemble !
- C’est tout ?
- Qu’est ce que tu veux entendre ? Qu’on est ensemble par la ” force de l’habitude ” ?…
- Ne serait ce pas des guillemets dans ta phrase ?
-… Que c’est la routine qui nous tient ? Tu te lèves et tu me bouscules, je ne me réveille pas, mon dieu quelle catastrophe tu ne vas jamais trouver tes chaussettes propres ? C’est ça que tu veux entendre ?
- Si nous sommes ensemble par la force, c’est un cassus belli.
- Moi ka susse rien du tout si toi y en a pas finir ce paquet vite fait !
- C’est du latin. Ca veut dire un cas de guerre.
- Tu sais, je suis allé à l’école ! Ca peut paraître incroyable mais avoir des ovaires n’affecte pas mes capacités cognitives !
- J’ai rien dit de tel. Réponds à ma question. Qu’est ce qui nous lie l’un à l’autre ?
- Tu viens de le faire ce nœud ! Je t’ai vu, tu l’as fait, et tu l’a défait et maintenant tu le refais ! Tu te fous de ma gueule !
- Non, j’essaye de faire un joli paquet.
- J’en ai assez. Tu ne finiras pas tant que je n’aurais pas répondu à ta question, c’est ça ?
- Oui. Non. Enfin je finirais un jour ou l’autre mais ça irait sûrement plus vite, effectivement.
- Tu veux vraiment savoir ce qui fait que je suis encore avec toi ? ! Je me suis attachée. Voilà la
vérité !
- Comme on s’attache à un chien ?
- Oui, non, peut être : rayez les mentions inutiles. Tu m’énerves.
- Alors tu es cynophile.
- Oui, j’adore le cinéma ! Pauvre cloche ! Je ne me suis pas attaché à toi comme on s’attache à un chien, mais comme on s’attache à un boulet ! Je me suis attaché avec un contrat de mariage, une alliance, et la promesse faite à l’adjoint au maire du 14ème arrondissement de ne pas coucher avec un boys band tant que tu seras vivant, serait ce sous assistance respiratoire !
- C’est cruel pour ces pauvres garçons. Les boys band vont bientôt prôner l’euthanasie avec un discours pareil.
- Ou plutôt si, je me suis attaché à toi comme on s’attache à un chien, qu’est attaché à un arbre, qui est lui même attaché à une forêt qui risque fort d’être rasée pour laisser passer une autoroute si tu n’as pas fini d’emballer cette saloperie dans quarante secondes !
- Ne crie pas, ça me déconcentre et on va être en retard.
- Comment on dit connard en japonais ?
- Je ne sais pas. Essaye en latin…
- Je m’en vais.
- Attends ! J’ai presque fini. Tu ne me demandes pas ce qui m’attaches à toi ?
- Les économies d’impôt ?
- Non, ce qui m’attache à toi c’est ce que je t’aime.
- Ha…
- C’est idiot non ? Et merde. Je vais pas passer ma journée à emballer un cadeau pour quelqu’un qui se contrefiche d’être ” ouvert aux traditions séculaires de l’orient mystérieux ” ! On lui offrira comme ça son cadeau. Allez viens, on y va.
- Attends… C’est vrai que tu m’aimes ?
- Oui. Tu sais ce qu’on dit, dans la vie tout est une question de ” fil-osophie ” ! Et toi ? Tu m’aimes ?
- Ho, tu sais ce qu’on dit : on s’attache !
- D’accord, c’est si gentiment demandé…
Il passe la ficelle autour de sa taille et l’embrasse.
Ulrich Jambrin-Rozier

août 27th, 2008 at 20:37
J’adore, t’en as d’autres en réserve ?
août 27th, 2008 at 21:59
août 27th, 2008 at 22:00
Les shôjos c’est démodé, vive le shônen grand (crétin) public
août 27th, 2008 at 22:05
août 27th, 2008 at 22:30
Tu écrivais bien au lycée! Un bon vocabulaire ne serait-ce que pour les jeux de mots (pour moi, c’est infesable
Et puis la fin arrive tout doucement, on commence à s’en douter, puis elle arrive, et on est trop content!
août 27th, 2008 at 23:49
Comme je l’ai dit, j’en ai 2 autres, mais je vous les garde pour plus tard.
août 28th, 2008 at 0:48
août 28th, 2008 at 9:56
Les gens se fachent pour mieux se rapprocher. Voilà une histoire qui démontre qu’on a du mal à s’aimer et à en faire la démonstration sans passer par le conflit (même léger). L’exercice ne serait-il pas plus difficile sur un dialogue doux, attentionné, loin de la névrose nombrilique qui nous ammène à être blessé pour un rien ou, à contrario, à provoquer. Ca serait moins amusant.
Je passais par là. Un blog d’un brillant narcisse…
Amitiés
Walt
août 28th, 2008 at 17:53
Un dialogue doux, c’est vrai que ça n’est pas dans mes habitudes.
août 28th, 2008 at 17:54
août 29th, 2008 at 16:59
Te lire m’a rappelé mes années théâtre lorsque j’étais au lycée.
août 29th, 2008 at 19:11